Les choses qu’on ne nous a pas dites sur le jugement clinique 🧠

Jugement clinique infirmier

« Pour réussir le stage, il faudra que vous utilisiez votre jugement clinique. »

« Selon ton jugement clinique, que feras-tu dans cette situation? »

« Pour ĂȘtre une bonne infirmiĂšre ou un bon infirmier, il faut impĂ©rativement avoir un bon jugement clinique. »

« Aie confiance en ton jugement clinique. »

Phrases typiques qu’un·e Ă©tudiant·e en soins infirmiers ou en sciences infirmiĂšres a dĂ©jĂ  entendu au moins une fois dans son parcours. Cependant, si le concept n’a pas Ă©tĂ© explicitĂ© au prĂ©alable, cela reprĂ©sente une dichotomie: c’est l’équivalent de se faire dire depuis le jour 1 qu’il·elle doit bien faire du vĂ©lo, alors qu’on lui apprend ce qu’est un vĂ©lo, comment la mĂ©canique des vĂ©los fonctionne, les diffĂ©rentes configurations et modĂšles disponibles,
 mais pas comment faire du vĂ©lo.

Bien sĂ»r, le fait d’avoir des connaissances solides est hyper important en soins infirmiers, parce qu’aucune hypothĂšse clinique ne peut ĂȘtre analysĂ©e et posĂ©e sans connaissances prĂ©alables. Cependant, le dĂ©veloppement du jugement clinique est tout aussi important.

Jugement clinique infirmier
« Utilise ton jugement clinique »… mais encore?

Le concept de raisonnement clinique

Votre client alitĂ© prĂ©sente une zone de rougeur Ă  la mallĂ©ole interne droite. Vous cernez le problĂšme (altĂ©ration de l’intĂ©gritĂ© de la peau – plaie de pression) et vous choisissez les meilleures interventions infirmiĂšres (assurer les soins de la peau et planifier un horaire de changement de positions). Vous venez d’exercer votre jugement clinique en prenant une dĂ©cision clinique. Les infirmiers et les infirmiĂšres prennent des dĂ©cisions fondĂ©es sur leur raisonnement clinique tout le temps et dans une multitudes de contextes cliniques.
SynthĂšse du jugement clinique avec le processus infirmier. Le raisonnement clinique combine les meilleures pratiques et les donnĂ©es probantes, les connaissances, l’expĂ©rience et les attitudes.

Voici la dĂ©finition du raisonnement clinique retenue par l’OIIQ: « les processus de pensĂ©e et de prise de dĂ©cision qui permettent au clinicien de prendre les mesures les plus appropriĂ©es dans un contexte prĂ©cis de rĂ©solution de problĂšmes. » (Harris, 1993). Plusieurs auteurs affirment qu’au-delĂ  de la somme des connaissances, c’est l’organisation de ces connaissances qui permet un raisonnement clinique efficace et performant (Norman, 2006, Charlin, 2001, Elstein et Schwartz, 2000). Voici un document bien intĂ©ressant en lien avec les difficultĂ©s de raisonnement clinique et les stratĂ©gies de remĂ©diation.

Au-delà de la somme des connaissances, c’est l’organisation de ces connaissances qui permet un raisonnement clinique efficace et performant.

Quand vient le moment de faire l’examen de l’Ordre…

Au moment de faire l’examen de l’Ordre, la candidate ou le candidat Ă  l’exercice de la profession infirmiĂšre (CEPI) peut rapidement ĂȘtre saisi·e par la rĂ©flexion que demande les questions lorsque, durant notre parcours scolaire, on a eu l’habitude de rĂ©pondre Ă  des questions faisant appel aux connaissances.

En effet, mĂȘme si, au terme de la formation, on a acquis des connaissances pertinentes et fondamentales, la confrontation Ă  une situation clinique peut ĂȘtre difficile parce qu’une rĂ©organisation de ces connaissances est nĂ©cessaire pour pouvoir les utiliser dans un contexte rĂ©el.

Puisqu’il vise Ă  dĂ©terminer si vous ĂȘtes apte Ă  exercer la profession infirmiĂšre de façon sĂ©curitaire, l’examen de l’OIIQ se concentre beaucoup sur la prise de dĂ©cisions cliniques.

La prise de dĂ©cisions cliniques est une activitĂ© de rĂ©solution de problĂšmes qui vise Ă  dĂ©finir un problĂšme et Ă  choisir une action appropriĂ©e pour le rĂ©soudre. Dans cette prise de dĂ©cision clinique, une infirmiĂšre ou un infirmier identifie le problĂšme d’un·e client·e et choisit la meilleure intervention infirmiĂšre sur le plan des prĂ©fĂ©rences personnelles du·de la client·e, des donnĂ©es probantes, des standards de pratique, des rĂšgles de l’art et des ressources disponibles.

Exemple concret d’une question d’examen en lien avec le jugement clinique

Laissez-moi vous donner un exemple assez concret. Pensez Ă  comment vous vous sentez en lisant cette question:

Exemple 1

    L’infirmiĂšre s’occupe d’une cliente de 54 ans en pĂ©riode postopĂ©ratoire d’une gastrectomie subie il y a 4 heures. Un tube nasogastrique (TNG) est installĂ© en succion intermittente. Que l’infirmiĂšre doit-elle Ă©valuer en ce qui concerne le liquide de drainage du TNG?
  • Couleur, quantitĂ©, odeur.
  • Couleur, quantitĂ©.
  • Couleur, odeur.
  • Aucune de ces rĂ©ponses.

Maintenant, comment vous sentez-vous lorsque vous lisez celle-ci?

Exemple 2

    L’infirmiĂšre s’occupe d’une cliente de 54 ans en pĂ©riode postopĂ©ratoire d’une gastrectomie subie il y a 4 heures. Un tube nasogastrique (TNG) est installĂ© en succion intermittente. L’infirmiĂšre sait qu’elle doit Ă©valuer la qualitĂ© du liquide de drainage en ce qui concerne sa couleur, sa quantitĂ© et son odeur. Elle remarque que le liquide de drainage est rouge vif. L’infirmiĂšre devrait-elle s’inquiĂ©ter de ce constat?
  • Oui, car la prĂ©sence de sang peut ĂȘtre un signe d’hĂ©morragie.
  • Oui, car la prĂ©sence de sang peut signifier un relĂąchement ou une rupture des sutures gastriques.
  • Non, car la cliente ne prĂ©sente pas de signes de changements hĂ©modynamiques.
  • Non, car un aspirat rouge est attendu en pĂ©riode postopĂ©ratoire immĂ©diate.

Peut-ĂȘtre avez-vous eu un petit sentiment de panique ou un mini infarctus en lisant les choix de rĂ©ponse.

Ou peut-ĂȘtre avez-vous eu l’impression que chacun des choix du deuxiĂšme exemple vous semblait bon, ou avez hĂ©sitĂ© avant de vous prononcer sur la bonne rĂ©ponse.

C’est que, voyez-vous, cette question fait appel Ă  plusieurs composantes, et pas aux connaissances seules, comme c’est le cas du premier exemple, oĂč les caractĂ©ristiques Ă©valuĂ©es du liquide de drainage sont demandĂ©es, sans Ă©gard Ă  la situation clinique. Pour bien rĂ©pondre au deuxiĂšme exemple de question, l’infirmier ou l’infirmiĂšre doit mobiliser et rĂ©organiser ses connaissances en les appliquant Ă  la situation clinique.

Composantes d’une question suivant la mosaĂŻque des compĂ©tences de l’OIIQ

D’abord, la question fait appel Ă  la composante qu’on nommera contextuelle suivant la mosaĂŻque des compĂ©tences cliniques de l’infirmiĂšre (Leprohon, Lessard, LĂ©vesque-BarbĂšs, et Bellavance, 2009). Ainsi, l’infirmier ou l’infirmiĂšre doit considĂ©rer le problĂšme dans son ensemble, en lien avec les diverses composantes du contexte biopsychosocial de la cliente.

Bien que les deux exemples utilisent exactement la mĂȘme situation clinique (le contexte), dans le premier exemple, on aurait tout Ă  fait pu l’enlever et pouvoir rĂ©pondre Ă  la question posĂ©e de façon adĂ©quate.

Le contexte dans le premier exemple n’est pas nĂ©cessaire pour rĂ©pondre Ă  la question; il joue davantage un rĂŽle parasitaire ou de remplissage. A contrario, la personne qui rĂ©pond Ă  la question du second exemple doit, si elle veut avoir une bonne rĂ©ponse, considĂ©rer les Ă©lĂ©ments spĂ©cifiques Ă  la situation clinique de la cliente fictive.

Ici, le TNG a Ă©tĂ© installĂ© suite Ă  une chirurgie abdominale majeure pour permettre une vidange et un repos gastrique et pour diminuer la pression sur les sutures gastriques, et non pas, par exemple, en prĂ©vention des risques d’inhalation chez un client intubĂ©.

Les caractĂ©ristiques du liquide de drainage gastrique en pĂ©riode postopĂ©ratoire immĂ©diat d’une gastrectomie ne seront pas les mĂȘmes que celles dans le deuxiĂšme cas de figure.

Cette question fait aussi appel Ă  la composante dite professionnelle. Plus spĂ©cifiquement, elle fait appel Ă  la dimension du champ de connaissances scientifiques, qui permettent d’analyser et d’interprĂ©ter la situation clinique et d’effectuer les interventions appropriĂ©es, et Ă  la dimension de la surveillance clinique, dans la mesure oĂč l’infirmiĂšre ou l’infirmier devra se prononcer sur l’importance d’agir (priorisation) suite aux donnĂ©es recueillies lors de la surveillance clinique de la cliente.

Ce n’est pas pour rien qu’il est gĂ©nĂ©ralement dĂ©conseillĂ©, en prĂ©paration Ă  l’examen de l’Ordre, de prendre des mois Ă  rĂ©apprendre par cƓur chaque notion apprise durant le curriculum scolaire. Si vous vous ĂȘtes rendu·es jusque-lĂ , c’est que vous avez les connaissances de base nĂ©cessaires Ă  la pratique des soins infirmiers. Il ne vous reste plus qu’à vous exercer pour dĂ©velopper et aiguiser votre jugement clinique.

Développez et mettez au défi votre jugement clinique avec Inf. de poche.

On formule soigneusement nos questions pour qu’elles fassent appel au raisonnement clinique. Chaque rĂ©ponse est justifiĂ©e selon les donnĂ©es probantes et les meilleures pratiques. Notre app vous permet non seulement de vous prĂ©parer Ă  l’examen de l’Ordre, mais aussi Ă  votre vie professionnelle.

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Jugement clinique de l'infirmiĂšre

Et vous, sentez-vous que vos Ă©tudes en soins infirmiers vous ont vraiment prĂ©parĂ©es Ă  dĂ©velopper un raisonnement clinique?

Références

  • Chapados, C., AudĂ©tat, M.-C., et Laurin, S., 2014, Le raisonnement clinique de l’infirmiĂšre, Perspective infirmiĂšre, vol. 11, num. 1.
  • Charlin, B., 2001. Le raisonnement clinique, quelques donnĂ©es issues de la recherche, PĂ©dagogie MĂ©dicale, vol. 2, n° 1.
  • Elstein, A., et Schwartz, A., 2000. Clinical reasoning in medicine, dans J. Higgs et M.A. Jones, Clinical reasoning in the health professions, 2e Ă©d., Oxford, Butterworth-Heinemann-Elsevier.
  • Harris, I., 1993. New expectations for professional competence, dans L. Curry et J.F. Wergin, Educating professionals responding to new expectations for competence and accountability, San Francisco, Jossey–Bath.
  • Leprohon, J., Lessard, L.-M., LĂ©vesque-BarbĂšs, H., et Bellavance, M., 2009. MosaĂŻque des compĂ©tences cliniques de l’infirmiĂšre. CompĂ©tences initiales, 2e Ă©dition.
  • Norman, G., 2006. Building on experience – the development of clinical reasoning, New England Journal of Medicine, vol. 355, n° 21, 23 nov.

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